Mon récit d’avortement
Je te partage aujourd’hui le récit, comme un témoignage de mon avortement Il s’est passé il y a un peu plus de 2 ans au moment où j’écris ces mots. La prise de décision n’a pas été linéaire et le jour J a été plus doux que prévu. Je te partage aussi quels sont les cadeaux que je retire derrière cette expérience.
Fin mars 2023, cela fait plusieurs jours que mes seins sont douloureux. Je ne comprends pas vraiment pourquoi. Mes règles doivent arriver bientôt, c’est peut-être juste un SPM plus fort que d’habitude. Ou alors le stress du grand départ au Canada, qui approche à grands pas.
Les prochaines semaines vont être intenses… mais je ne le sais pas encore.
Entre la préparation du déménagement, la reprise de ma thérapie de manière intensive, et les week-ends de stage en psycho, tout s’est un peu accéléré ces derniers temps.
Prendre la décision
Début avril, cette fois je sens que je devrais faire un test. Pour Capucine, les symptômes étaient différents, mais j’ai besoin d’être sûre.
Le test est positif.
Joie. Doute.
Quand je regarde en arrière, je savais très bien quelle serait la meilleure décision. Mais mon mental s’est emballé.
On en discute avec Damien. On le veut, ce bébé. On décide de le garder.
Première séance de thérapie.J’en ressors secouée.
“Quand est-ce que je vais enfin penser à moi ?”
Voilà la seule question qui reste. Et si, finalement, ce n’était pas le bon moment ?
On en reparle. On échange. On doute. On pleure. On se câline.
Cette décision n’est pas simple.
Je ne veux pas de curetage. Il va falloir que je me dépêche. Je sais qui appeler pour obtenir les rendez-vous dont j’ai besoin.
Cette sage-femme pratique les avortements médicamenteux et elle est adorable. Damien m’accompagne à tous mes rendez-vous.
Ce choix, on le fait à deux.
Puis une échographie. Le seul rendez-vous possible est dans une clinique privée catholique. Ce n’est pas le lieu que j’aurais choisi, mais soit.
L’échographe est parfait. Il fait son travail, avec délicatesse. Il nous demande si on veut voir, si on veut entendre. Je suis heureuse de voir ce bébé.
Je suis certaine de vouloir une doula ce jour-là, et je sais exactement qui appeler. Barbara. C’est la personne qu’il nous faut.
On se donne rendez-vous le jeudi. C’est une belle date.
Le choix du lieu n’est pas évident. J’aimerais être chez moi, dans mes affaires. Mais cela fait déjà quelques semaines que nous habitons chez nos parents pour préparer le départ. Ce n’est pas l’idéal, mais c’est le seul endroit que nous avons.
Pendant le week-end, j’ai mon premier stage psycho sur l’accueil de soi. C’est exactement ce dont j’avais besoin.
Et mon corps commence déjà à saigner.
La décision est prise. Tout le monde le sait, même ce petit bébé. Le week-end est intense, bouleversant. Il se termine par une douche, une sorte de baptême. Deux ans plus tard, je vois ce moment comme le début de la suite.
Le jour J
Je saigne déjà depuis quelques jours. Je prends les médicaments, et la journée se passe.
On parle. Barbara et Damien sont aux petits soins. Barbara a même apporté une tarte aux épinards.
On se raconte des histoires, on mange. Et entre les crampes, arrive le moment : le bébé est expulsé.
J’ai fait très attention toute la journée pour le récupérer. C’était important pour nous de ne pas le laisser partir dans les toilettes.
Avec du chaud, des tisanes, beaucoup de présence, la journée a été plutôt douce.
Une fois Barbara partie, Damien et moi décidons de remettre ce bébé à la terre.
Je passe le reste de la journée à me reposer, en attendant que Capucine rentre de la garderie.

Et Capucine dans tout cela ?
Une fois notre décision prise, nous l’avons expliquée à Capucine.
Du haut de ses deux ans et demi, avec des mots simples.
Que maman avait un bébé dans le ventre, mais qu’on allait devoir l’enlever, parce que ce n’était pas le bon moment.
Elle a été présente lors de la cérémonie aux enfants non nés que nous avons célébrer pour ce bébé en famille.
Nous l’avons aussi dit à notre entourage. Nous ne voulions aucun secret.
Encore aujourd’hui, je n’ai aucune difficulté à dire que j’ai eu deux bébés.
Ce bébé n’était pas “inutile”. Il n’était pas “de passage”.
Il avait un message.
Un bébé avec des messages
J’ai la conviction profonde que chaque âme n’est pas forcément destinée à s’incarner complètement. Mais chaque âme a un rôle, un message.
Ce bébé était là pour deux choses.
La première : nous permettre de nous choisir nous avant tout. Dire non à cet enfant, c’était avant tout nous dire oui à nous, à notre stabilité, à notre rythme. Nous respecter.
La deuxième : nous rappeler que oui, nous voulons un autre enfant. Juste… pas maintenant.
L’après
Il m’a fallu plusieurs mois pour retrouver un cycle correct et non douloureux.
Je pense que tout n’avait pas été complètement évacué, et qu’à chaque menstruation, des morceaux du sac amniotique étaient libérés.
Jusqu’à une menstruation particulièrement longue et douloureuse, où de gros caillots ont été expulsés.
J’ai travaillé dur avec une naturopathe pour refaire ma santé, comme je l’aurais fait en postpartum.
Ça m’a pris du temps.
Conclusion
Mais cette grossesse aura été une belle aventure, où ont cohabité la sérénité et le deuil, l’apprentissage et la douceur.
Ce qui a fait toute la différence, c’est que j’ai été accompagnée.
Un immense merci à Barbara, cette doula en or, qui a fait de ce jour un souvenir doux dans nos cœurs.